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RE2020 : les seuils 2028 vont-ils accélérer ou freiner la dynamique du bâtiment ?

27 octobre 2026 par
RE2020 : les seuils 2028 vont-ils accélérer ou freiner la dynamique du bâtiment ?
cabinet-acbg


Depuis son entrée en vigueur, la Réglementation environnementale 2020 (RE2020) transforme progressivement la manière de concevoir et de construire les bâtiments neufs.

Performance énergétique, réduction de l’empreinte carbone, confort en période de forte chaleur : son approche dépasse largement celle de l’ancienne RT2012.

Après le premier durcissement intervenu en 2025, un nouveau jalon est prévu en 2028. L’objectif environnemental est clair. Mais pour les maîtres d’ouvrage, concepteurs et entreprises du BTP, une question demeure : ces nouvelles exigences vont-elles accélérer l’innovation ou, au contraire, complexifier certains projets ?


RE2020 : une trajectoire progressive plutôt qu’une rupture


La RE2020 repose sur trois grands objectifs : réduire les consommations d’énergie des bâtiments neufs, diminuer leur impact carbone sur l’ensemble de leur cycle de vie et améliorer leur confort lors des épisodes de forte chaleur.

Son application s’est faite progressivement. Elle concerne les logements depuis 2022, puis les bureaux et bâtiments d’enseignement. Depuis le 1er mai 2026, son champ s’est encore élargi, notamment aux hôtels, commerces, établissements de santé mais aussi aux bâtiments à usage industriel et artisanal.

Cette extension est particulièrement importante pour les entreprises industrielles et les professionnels du bâtiment : la performance environnementale devient désormais un paramètre à intégrer très en amont dans de nombreux projets immobiliers professionnels.


Que va réellement changer le seuil 2028 ?


L’un des principaux indicateurs de la RE2020 est l’Ic construction, qui mesure l’impact climatique des produits, matériaux, équipements et travaux nécessaires à la construction du bâtiment sur l’ensemble de leur cycle de vie.

Les valeurs maximales deviennent progressivement plus exigeantes.

Pour le logement collectif, par exemple, la valeur de référence d’Ic construction passe de 650 kg éq. CO₂/m² pour la période 2025-2027 à 580 kg à partir de 2028. Pour les bureaux, elle passe de 810 à 710 kg éq. CO₂/m².

Le mouvement est encore plus marqué pour les bâtiments industriels et artisanaux désormais concernés : la valeur de référence passe de 840 kg éq. CO₂/m² à 695 kg en 2028, puis à 550 kg à partir de 2031. Ces valeurs constituent des seuils moyens réglementaires auxquels peuvent s’appliquer différentes modulations selon les caractéristiques du projet.

L’enjeu est donc concret : atteindre les performances demandées suppose de travailler davantage sur la conception, les matériaux, les équipements et l’analyse du cycle de vie du bâtiment.


Des seuils qui peuvent accélérer l’évolution du secteur


Cette trajectoire réglementaire pousse déjà les acteurs à faire évoluer leurs pratiques.

Elle favorise notamment l’utilisation de matériaux à plus faible empreinte carbone, l’optimisation des quantités de matière, l’écoconception des bâtiments ou encore une meilleure prise en compte de la provenance et du cycle de vie des produits.

Les maîtres d’ouvrage doivent également associer plus tôt bureaux d’études, architectes, économistes et entreprises afin d’arbitrer entre performance environnementale, faisabilité technique et coût global.

Depuis septembre 2026, les données de l’Observatoire de la RE2020 sont par ailleurs accessibles publiquement. Elles doivent permettre de mieux analyser les performances réellement obtenues par les constructions neuves et l’évolution des solutions mises en œuvre.

La RE2020 agit donc aussi comme un accélérateur de montée en compétence pour l’ensemble de la filière.


Mais la faisabilité économique reste au cœur du débat


Une réglementation plus exigeante implique nécessairement des arbitrages.

Modification des systèmes constructifs, recours à des matériaux différents, études supplémentaires, disponibilité de certaines solutions : la transition peut générer des contraintes techniques ou économiques selon les projets.

Le rapport d’évaluation de la RE2020 remis au Gouvernement en 2025 souligne justement ce point. Il considère que la réglementation a engagé une dynamique industrielle positive, tout en alertant sur le risque de surcoûts ou d’arbitrages défavorables si la trajectoire n’est pas régulièrement ajustée.

Le sujet n’est donc pas véritablement de choisir entre ambition environnementale et construction.

Il s’agit plutôt de trouver le bon équilibre entre performance carbone, qualité d’usage et soutenabilité économique.


2026 : des ajustements sans remise en cause du cap 2028


Le Gouvernement a d’ailleurs commencé à adapter la réglementation.

Un décret publié en mars 2026 a notamment introduit de nouvelles possibilités de modulation afin de mieux prendre en compte certaines configurations : surélévations, balcons, loggias, terrasses, hauteurs sous plafond ou contraintes spécifiques de certains bâtiments.

Ces dispositions s’appliquent pour partie aux autorisations déposées depuis le 1er juillet 2026.

L’objectif affiché reste néanmoins de maintenir le jalon 2028, tout en évitant que les exigences environnementales ne rendent certains projets techniquement ou économiquement irréalisables.

La RE2020 n’est donc pas seulement en train de se durcir : elle est aussi en train de s’ajuster à la réalité du terrain.


RE2020 et assurance construction : un point à anticiper


La RE2020 ne modifie pas, en elle-même, le fonctionnement de la garantie décennale.

En revanche, les solutions retenues pour atteindre les objectifs carbone peuvent avoir des conséquences assurantielles.

Le recours à de nouveaux matériaux, à des procédés innovants, au réemploi ou à certaines techniques constructives peut parfois sortir du domaine des techniques courantes prévues par les contrats d’assurance.

Dans ce cas, une analyse préalable avec l’assureur peut être nécessaire. L’Agence Qualité Construction rappelle notamment que les techniques non courantes doivent être examinées au regard des conditions du contrat et peuvent nécessiter une déclaration spécifique avant leur mise en œuvre. Elles ne sont pas nécessairement inassurables, mais leur acceptation peut faire l’objet d’une étude de risque particulière.

Pour une entreprise du BTP, il est donc essentiel de vérifier que les activités déclarées, les matériaux employés et les procédés constructifs utilisés restent cohérents avec les garanties de son contrat de responsabilité civile décennale.


Anticiper plutôt que subir le seuil 2028


Pour les entreprises du bâtiment comme pour les maîtres d’ouvrage, attendre 2028 pour adapter les pratiques serait risqué.

Les choix de conception, de matériaux et de procédés doivent désormais être rapprochés des contraintes réglementaires mais aussi des conditions d’assurance du projet.

Cette anticipation permet de limiter les modifications tardives, de sécuriser les solutions retenues et de mieux maîtriser les coûts.

À l’horizon 2028, la RE2020 devrait donc moins constituer une rupture qu’une nouvelle étape dans une transformation déjà engagée.

En tant que courtier spécialisé en assurances d’entreprises et en risques du BTP, ACBG accompagne les dirigeants dans l’analyse de leurs activités, de leurs procédés constructifs et de leurs garanties. L’objectif : s’assurer que l’évolution des pratiques techniques reste cohérente avec les couvertures d’assurance de l’entreprise.

La déclaration du risque par l’assuré et les sanctions en cas de fausse déclaration (2/2)